Le questionnaire de Proust
Découvrez l'univers artistique de Frédérique Tristant, artiste peintre française, qui explore la représentation du féminin avec une approche unique et originale.


Quelle est votre couleur préférée ?
Ma couleur préférée est le jaune. Pourquoi ? Parce que le jaune, pour moi, incarne la lumière et la vie, mais aussi une certaine liberté artistique que j’admire profondément chez les Nabis. Ce mouvement, avec des artistes comme Bonnard ou Vuillard, a révolutionné l’usage de la couleur en la libérant de la simple représentation réaliste. Le jaune, chez eux, n’est pas seulement une teinte : c’est une émotion, une vibration, une manière de capter l’essence d’un moment ou d’une atmosphère.


Si vous ne pouviez peindre qu'un seul sujet toute votre vie, lequel choisiriez-vous ?
Si je ne pouvais peindre qu’un seul sujet toute ma vie, je continuerais à explorer les portraits féminins ! En m’inspirant de l’histoire de l’art, et notamment des vanités, j’aime à penser que mes portraits ne se contentent pas de capturer une apparence, mais qu’ils révèlent une vérité plus universelle : celle de notre condition humaine, à la fois lumineuse et fragile. Les femmes que je peins ne sont pas seulement des modèles ; elles incarnent des moments de vie, des instants suspendus entre joie et mélancolie, entre force et vulnérabilité.


Quelle période artistique auriez-vous aimé vivre ?
Ce serait sans hésiter celle du mouvement Support/Surface, dans les années 1960-1970 en France. J’aime l’idée que la peinture ne soit pas seulement une image, mais aussi un objet, une présence physique qui interagit avec son environnement. Comme les artistes de Support/Surface, je cherche à montrer que la toile – ou dans mon cas, le papier – n’est pas simplement un support passif, mais un acteur à part entière de l’œuvre. Les plis, les textures, les couleurs vives que j’utilise créent un dialogue entre la figuration et l’abstraction, entre l’image et la matière.


Quelle est la toile que vous auriez aimé avoir créée ?
La toile que j’aurais aimé avoir créée est La Toilette de Pierre Bonnard, peinte en 1941. Cette œuvre, conservée au Musée d’Orsay à Paris, est pour moi une source d’inspiration infinie, car elle incarne tout ce que j’aime dans la peinture : la lumière, la couleur, l’intimité et une certaine fragilité poétique.
Bonnard a cette capacité unique à transformer une scène du quotidien en une expérience presque mystique. Dans La Toilette, il capture un moment intime, où la figure féminine, plongée dans une lumière douce et vibrante, semble à la fois présente et lointaine, réelle et rêvée. C’est cette tension entre le quotidien et l’universel qui me touche profondément.


A quoi ressemble votre atelier idéal ?
Mon atelier idéal ressemblerait à celui de Louise Bourgeois. Ce n’est pas seulement un lieu de travail, mais un espace vivant, organique, où chaque détail raconte une histoire et où l’émotion est palpable. L’atelier de Louise Bourgeois, avec ses murs chargés d’outils, de croquis, d’œuvres en cours et d’objets accumulés au fil des années, est pour moi une incarnation parfaite de ce que devrait être un espace de création : un reflet intime de l’âme de l’artiste.
Ce qui me fascine dans son atelier, c’est cette impression de chaos organisé, où tout semble à sa place tout en étant en perpétuelle transformation. C’est un lieu où les idées prennent forme, où les matériaux – qu’ils soient textiles, métalliques ou picturaux – dialoguent entre eux et avec l’artiste.


Quelle musique ou quel son accompagne vos moments de création ?
Deux œuvres en particulier résonnent profondément avec mes moments de création : la Fantaisie in F minor de Schubert, interprétée par Lucas & Arthur Jussen, et Je crois entendre encore de l’opéra Les pêcheurs de perles de Bizet, dans la version émouvante de David Gilmour. Elles m’aident à entrer dans un espace mental où je peux me connecter pleinement à mon travail, où les émotions et les idées circulent librement. La musique, comme la peinture, est pour moi un langage qui transcende les mots, et ces pièces m’accompagnent dans ma quête pour capturer l’essence de ce qui nous rend humains – la beauté, la fragilité, et la mémoire.